• Lézard charmeur

     Lézard charmeur


  • Commentaires

    1
    Jacques
    Lundi 18 Mars à 07:52
    Tout est dans la finesse, c'est simplement beau.
    Très bonne journée à toi mon amie
    Baisers frisquet ce matin.
    2
    Mercredi 20 Mars à 08:26

    Raoul sent une perle de sueur glisser le long de sa nuque puis filer lentement sur sa colonne vertébrale.

    Désagréable. Très désagréable.

    Et alors ?

    Il fait l’imbécile.

    Et alors… quoi ?

    La beauté qui est devant lui a des yeux noirs qui, lentement, deviennent des braises rougeoyantes. D’un agacement léger, elle est passée successivement à la crispation puis à la colère et si ce n’est pas une bourrasque à tendance orageuse qui s’annonce, Raoul ne connait plus rien aux femmes.

    Et pourtant les femmes, il connait.

    Gynécologue.

    Et alors, tu me fais tout ce baratin sur Internet, tu me dis que tu es un homme de fantasmes, un créatif capable du pire comme du meilleur, un jouissif, un sensuel, un aphrodisiaque pervers, tu portes ce nom de « Lézard Charmeur » et moi j’imagine…

    Tu imagines… quoi ?

    Tout, le pire justement, le meilleur. Un lézard, ça a une langue, ça a des pattes, un lézard ça chauffe au soleil, ça te fait vibrer, que sais-je, un lézard qui sait fantasmer, il peut être tout ce que l’on veut. Et qu’est-ce que j’ai au final… une chiffe molle.

    Oh !

    Elles sont où tes idées coquines, ils sont où tes fantasme. On a pris l’apéro et rien, rien de rien. Tu le sais, je te l’ai écrit, je ne suis pas là pour l’histoire d’amour à la noix mais pour me marrer.

    Touché. Il tourne la tête et tombe pour la énième fois sur les yeux bleus qui ne le quittent pas de l’autre côté de la salle. Une seconde puis une troisième goutte de sueur suivent la première. Il marmonne pour tenter d’éviter la tempête mais c’est trop tard, il le sait.

    Quand même, c’est un restaurant chic ! Nous ferons des fantasmes plus tard.

    Et voilà !

    Elle se lève, faisant voler sa chaise dans un vacarme de fin du monde. Le brouhaha cesse. Un silence glacial, toutes les paires d’yeux posés sur eux.

    Elle hurle.

    Quand je pense que, pour toi, j’avais mis cette robe à  frous-frous transparents que, pour toi, j’avais enfilé cette paire de bas blancs à revers charmants, que, pour toi, je portais cette lingerie crème sur mes jolies fesses. Tu m’aurais dit, enlève la, je le faisais. D’ailleurs…

    Et, devant tous ces visages hagards, elle remonte sa jupe très haut, retire le morceau de tissu dans un déhanché troublant et… le lui pose sur la tête.

    Voilà Monsieur le « Lézard Charmeur », et la prochaine fois que tu veux sortir une tigresse, fais gaffe à ne pas te faire dévorer.

    Elle traverse la salle d’un jaillissement de dentelles, disparait dans l’entrée.

     « Belle sortie » pense-t-il. Il attend.

    Pas longtemps.

    Brutalement, la femme aux yeux bleus qui ne l’a pas quitté du regard, se dresse à son tour dans une seconde envolée de chaise meurtrie. Elle s’approche, prend son verre de whisky délicatement, le lui verse avec lenteur sur le crane, rajoute le contenu du champagne que l’autre avait choisi, avant de lui balancer deux baffes tonitruantes.

    Soirée d’affaires ? Tu m’as vraiment prise pour une conne.

    Seconde sortie, tout aussi majestueuse que la première.   

    Il se frotte la joue, admiratif, pensant malgré lui comme le petit tailleur de l’histoire : « Deux d’un coup ».

    Il fait signe au serveur, qui, très digne, s’enquiert.

    Monsieur a choisi ?

    Raoul attrape la culotte, s’essuie le visage avant de la poser délicatement à côté des couverts, consulte la carte, commande avec soin un repas de roi. Le lent circuit des conversations a repris autour de lui. Tranquille. On en a vu et on en verra d’autres.

    Ah et puis aussi, redonnez-moi un whisky, s’il vous plait, je crois que le premier n’était pas très étanche.

    Bien Monsieur.

    Il s’éloigne puis se retourne.

    Je m’excuse. Monsieur a-t-il d’autres amies de sa connaissance dans notre restaurant ce soir ?

    Raoul fait un tour d’observation.

    Non, je ne crois pas.

    J’en suis ravi Monsieur. Il ne faut jamais gâcher deux fois un Glen Grant de 70 ans d’âge.

    Alors ils échangent un sourire de connivence, ce qui est quand même un comble.

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